Ce soir j’avais rendez vous à l’université d’Ottawa avec Vicky (une étudiante qui bosse de temps en temps à la maison d’édition), qui m’a proposé de venir voir un match d’improvisation… lorsque j’arrive, une foule déjà assez compacte d’étudiants se presse à l’entrée, dans deux minutes le match commence, l’ambiance commence à monter. Je rejoins donc rapidement Vicky et ses
amis et nous entrons après que l’on nous ai remis une feuille cartonnée d’environ dix centimètres de côté, rouge d’un côté et bleu de l’autre. Devant mon air dubitatif, un ami de Vicky, David, m’explique que la feuille cartonnée est faite pour voter pour l'équipe qui nous a le plus convaincu et fait rire. Plongée dans des abîmes de perplexité, je suis mes guides dans la salle remplie d’étudiants très agités, ça s’interpellent et parle fort et ça rient dans tous les sens, on est loin de l'ambiance retenue d'un théatre! Sur la scène dont le rideau est ouvert j’aperçois un espace carré délimitéqui ressemble à ca… (c’est aussi ca "une patinoire" ici !!) De chaque coté de cet espace, il y a un banc, et entre la scène et la patinoire, il y a une table avec un micro, deux chronomètres et quelques feuilles. David, qui ris de mon air interrogateur, me rappelle le déroulement du jeu brièvement : deux équipes, un arbitre, trois périodes de trente minutes, des improvisations mixtes (joueurs des deux équipes ensemble) ou comparées (une équipe après l’autre)...et des fautes qui peuvent être attribués aux joueurs : cabotinage, rudesse excessive, décrochage, manque d’écoute...
Mais tout à coup, la lumière s’éteint, le public se met à crier, à applaudir au rythme de la musique qui a envahi la salle, on se croirai à un match de hockey tellement il y a d’ambiance…Le show peut commencer !
La patinoire s’allume sous un éclairage violent, et arrive en courant un personnage en smoking qui salue la foule. Il prend le micro, la musique s’arrête. Avec la fougue d’un animateur de show à l’américaine il souhaite la bienvenue au public et annonce que le match, qui opposera les Rouge contre l’équipe des Bleus, va commencer, puis il ajoute:
“Sans plus tarder, je vous demande d’accueillir, comme il se doit, les deux équipes pour les cinq minutes d’échauffement réglementaires et obligatoires”. 
Arrivent donc en courant les joueurs et joueuses, alors que la musique reprend. Ils sont tous vêtus de pantalons de jogging noirs et d’un tee shirt aux couleurs de l’équipe. Pendant cinq minutes, nous assistons à un enchaînement d’exercices de théâtre: des images collectives, des émotions, des personnages, des jeux interactifs, on se demande vraiment ce qu’on fait là !! C’est alors que se met à hurler une sirène, qui met fin à cet échauffement et annonce le début du match. La marche funèbre se met alors à retentir, le maître de cérémonie annonce l’arbitre qui arrive, habillé d’un maillot rayé noir et blanc (comme les arbitres de hockey !!), hué et sifflé par tout le public ! (ne sachant pas s’il s’agit là d’un jeu ou d’une haine véritable, je m’abstiens de faire quoi que ce soit...j'appris plus tard qu'il s'agit effectivement d'un rituel dans tous les matchs d'impro !!) Puis le maître de cérémonie demande au public un silence solennel, afin que les équipes puissent “chanter leur hymne”. Dans l’élan général, je me lève aussi, et je regarde dans le public si je suis la seule à ne rien comprendre. Visiblement, tous les spectateurs jouent le jeu de la solennité. Puis les joueurs entonnent une chanson plutôt dynamique aux paroles assez drôles, qui décrivent leur condition d’improvisateur. A la fin de ce moment de lyrisme, le public acclame les joueurs qui s’embrassent les uns les autres, alors que la musique reprend.
Enfin, l’arbitre siffle, le silence ce fait aussitôt, les joueurs sortent de l’espace de jeu vont s’asseoir sur des bancs se faisant face de chaque coté de la patinoire. L’arbitre brandis sa main, tenant un chronomètre, face à lui, et donnant l’impression qu’il lit l’heure sur le chrono, il annonce (ou plutôt improvise !!) :
“Improvisation mixte, ayant pour titre: “On ne mange pas de ce pain là”. Nombre de joueurs illimité, catégorie libre, durée de l’improvisation: quatre minutes.”
Il redonne ensuite un grand coup de sifflet. Les deux équipes se regroupent alors de chaque côté pour discuter, alors que la musique joue un air plus doux, chaque équipe a en fait 30 secondes de concertation. Je ressens une grande concentration également dans le public, comme si chacun se préparait à rentrer dans le jeu. Toute la salle est dans l’attente de ce qu’il va se produire. L’arbitre siffle la fin du temps réglementaire et c’est parti, deux joueurs se précipitent dans l’espace de jeu et commencent leur improvisation. S’ensuit alors une histoire abracadabrante dans laquelle interviendront des chevaux et des coiffeurs, un prince charmant homo et une Cendrillon hystérique... Les personnages affluent, entrent et sortent de l’histoire en allant se cacher sous le rebord de la patinoire. Le public rit, acclame, le temps passe vite et les improvisations s’enchaînent sur des sujets plus délirants les uns que les autres, sortis tout droit de l’imagination de l’arbitre…
« Le pouvoir ne s’achète pas », « simplicité », « les bagages », « une bouteille de trop »… à deux, à six, un par un, catégories « musicale » ou « répétition » (à chaque fois que l’arbitre siffle le joueur doit répéter d’une manière sensiblement différente ce qu’il vient juste de dire)
Ma préférée fut " l’attaque de colibris " : catégorie " à la Tarantino ", genre " dramatique " ou encore " ozone, mon amour" : catégorie "rimes" mais aussi " la chasse à l’orignal vu par " : catégorie "titre à compléter" (en l’occurrence " …des jeannettes " pour les Rouges, " …des balles de fusils " pour les Bleus !!),
A la fin de chaque impro le public vote et l’arbitre compte les cartons. Finalement c’est les rouges qui remportèrent le match 5 à 4 contre les Bleus, puis a eu lieu l’élection des trois étoiles (meilleurs joueurs) de la soirée. Puis la musique reprend pendant que les lumières se rallument et que les gens se lèvent et commencent à partir…encore abasourdie et plongé dans les histoires rocambolesques, drôles et plus acadabrantes les une que les autres, que j’ai entendu au cours de la soirée, j’ai du mal à revenir à la réalité...en tous cas j’ai passé un très bon moment…à quand le prochain match ?!!

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